Vidéos

Frontières, murs et violence 4 : murs et identité

Frontières, murs et violence 4 : murs et identité

Le deuxième panel, sous la présidence de Said Saddiki (Al-Ain University of Science and Technology à Abu Dhabi), aborde les rapports entre les murs et les questions identitaires.

Subho Basu, professeur associé au Département d'histoire et d'études classiques de l'Université McGill, traite de la frontière entre l'Inde et le Bangladesh et de la complexité de cette frontière, vectrice de tensions et de collaboration. Après avoir souligné le durcissement de ton depuis 2014 dans le discours gouvernemental indien vis-à-vis des ressortissants bangladais, M. Basu décrit, à travers un survol historique, la réalité politique dans cette région sud-asiatique et l'imposition de la frontière comme élément de déstabilisation. Après ce survol, il revient sur l'adoption de mesures par l'Inde, mais également sur l'émergence de tensions internes et sur la source même de l'érection du mur frontalier, à savoir la montée des talibans en Afghanistan en lien avec les événements du 11 septembre. Les politiques shoot-to-kill, la radicalisation du discours, les violations des droits humains au niveau de la frontière sont autant d'éléments témoignant, selon M. Basu, du caractère nationaliste de l'érection du mur frontalier.
Daniel Meier, professeur de science politique à l'Université Joseph Fourier (France), aborde la situation politique au Moyen-Orient notamment à travers la multiplication des murs, dont l'érection dans cette zone géographique se fait en lien avec une justification du paradigme sécuritaire. Dans un premier temps, M. Meier réfléchit aux conditions ayant poussé à l'émergence des murs, notamment sous l'angle local, et y voit une réaffirmation nationaliste et identitaire. Dans un deuxième temps, il se penche sur la crise des migrants syriens à travers leur mouvement vers deux pays, le Liban et la Jordanie, où s'élabore une représentation du réfugié comme justification des mesures sécuritaires. Dans un troisième temps, il s'intéresse à la frontière dans le Sud-Liban, où le mur imposé par Israël rejoint une perspective sécuritaire face au Hezbollah. Enfin, l'exemple de Beit Jala à Jérusalem est, selon lui, fortement illustratif quant à la ségrégation identitaire. En somme, l'érection des murs répond à une double crise intérieure et extérieure, et demeure un élément d'affirmation identitaire tout autant que de possession territoriale.
Francesca Barp, étudiante en science politique à la Technische Universität de Dresde, analyse le discours de l'Union européenne à l'égard de l'immigration. Si, par l'accord de Schengen, il y a une suppression des frontières internes, il faut bien prendre conscience qu'il y a un renforcement des frontières extérieures. À travers l'émergence de frontières extérieures, c'est une exclusion visible qui se met en marche. Francesca Barp analyse d'abord les écrits provenant de l'Union européenne et notamment la prise de position de l'Union dans la protection non pas des migrants mais face aux migrants. Elle prend l'exemple des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla et analyse la description des migrants comme des personnes désespérées et menaçant la sécurité de l'Europe puisqu'ils sont enclins à la violence. Elle se penche ensuite sur la représentation des murs. L'image est importante, selon elle, car elle a observé que la question du genre occupe une place primordiale, voire centrale. En effet, si les femmes et les enfants sont acceptés, on ne peut en dire autant des hommes, considérés comme les véritables menaces. Les représentations et les images véhiculées provoquent une situation particulière dans l'érection de murs en Europe.

Conférencier

Said Saddiki, 2016-06-02

Cinéramas contenant ce vidéo

Frontières, murs et violence.